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 MAI 

DISCOURS DU 8 MAI 2022 POUR LA COMMÉMORATION DU 8 MAI 1945

 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill, déclarait :
«Il doit y avoir un acte d’oubli de toutes les horreurs du passé».
Au même moment, le philosophe américain George Santayana formulait une mise en garde, souvent répétée depuis :
«Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le répéter».

Tvetan Todorov historien des idées et essayiste français d'origine bulgare nous questionne :
Pour nous, laquelle de ces deux injonctions serait la plus profitable? De l’oubli et de la mémoire, lequel choisir?

La mémoire ne s’oppose pas à l’oubli. La mémoire est, nécessairement, une interaction entre l’oubli (l’effacement) et la sauvegarde intégrale du passé.

La mémoire sélectionne dans le passé ce qui est jugé important pour l’individu ou pour la collectivité; de plus, elle l’organise et l’oriente selon un système de valeurs qui lui est propre.

Les peuples aiment mieux se souvenir des pages glorieuses de leur histoire que des pages honteuses.
Les personnes, de leur côté, s’efforcent souvent de se libérer d’un souvenir traumatisant sans y parvenir.

Pourquoi a-t-on besoin de se souvenir?
Parce que le passé constitue le fond même de notre identité, individuelle ou collective.  J’ai besoin de savoir qui je suis et à quel groupe j’appartiens.

Mais les hommes comme les groupes vivent au milieu d’autres hommes, d’autres groupes. C’est pourquoi on ne peut se contenter de dire que chacun a le droit d’exister ; encore faut-il voir comment cette affirmation influe sur l’existence des autres.
Dans la sphère publique, tous les rappels du passé ne sont pas également admirables; celui qui nourrit l’esprit de vengeance ou de revanche suscite, en tous les cas, quelques réserves.

[S’approprier la mémoire d’un ancien héros ou, de manière plus surprenante, d’une ancienne victime, peut être nécessaire à l’individu ou à la collectivité pour affirmer son droit à l’existence; cet acte sert ses intérêts, mais il ne lui accorde aucun mérite supplémentaire. Au contraire, il peut l’aveugler sur les injustices dont il se rend responsable dans le présent.]

Le passé n’a pas de droits en lui-même, il doit être mis au service du présent, comme le devoir de mémoire doit rester soumis à celui de justice.
Avant de tourner une page, disait au lendemain de la chute du communisme celui qui était devenu président de la Bulgarie, Jélu Jélev,

«Avant de tourner une page, il faut la lire.»
Voulant nous libérer du souvenir traumatisant de la guerre.

N'avons-nous voulu ne garder que l’image de la paix ?
N’avons-nous pas oublié les signes avant-coureurs de l’esprit de vengeance et de revanche ?

 «Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le répéter.»

En 1863, Victor Hugo appelait dans une lettre les troupes russes à ne plus massacrer des Polonais qui combattaient pour leur liberté.

«Soldats russes, redevenez des hommes.
Cette gloire vous est offerte en ce moment, saisissez-la.
Pendant qu’il en est temps encore, écoutez :

Si vous continuez cette guerre sauvage ; si, vous, officiers, qui êtes de nobles cœurs, mais qu’un caprice peut dégrader et jeter en Sibérie ; si, vous, soldats, serfs hier, esclaves aujourd’hui, violemment arrachés à vos mères, à vos fiancées, à vos familles, sujets du knout, maltraités, mal nourris, condamnés pour de longues années et pour un temps indéfini au service militaire, plus dur en Russie que le bagne ailleurs ; si, vous qui êtes des victimes, vous prenez parti contre les victimes
[à l’heure sainte où la Pologne vénérable se dresse, à l’heure suprême ou le choix vous est donné entre Pétersbourg où est le tyran et Varsovie où est la liberté ;]
si, dans ce conflit décisif, vous connaissez votre devoir, votre devoir unique, la fraternité
; [si vous faites cause communes contre les polonais avec le czar, leur bourreau et le vôtre ; ]
si, opprimés, vous n’avez tiré de l’oppression d’autre leçon que de soutenir l’oppresseur ; si de votre malheur vous faites votre honte ; si, vous qui avez l’épée à la main, vous mettez au service du despotisme, monstre lourd et faible qui vous écrase tous, [russes aussi bien que polonais, votre force aveugle et dupe ; ] si, au lieu de vous retourner et de faire face au boucher des nations, vous accablez lâchement, sous la supériorité des armes et du nombre, ces héroïques populations désespérées, réclamant le premier des droits, le droit à la patrie ; [si, en plein dix-neuvième siècle, vous consommez l’assassinat de la Pologne], si vous faites cela, sachez-le, hommes de l’armée russe, [vous tomberez, ce qui semble impossible, au-dessous même des bandes américaines du sud, et] vous soulèverez l’exécration du monde civilisé ! Les crimes de la force sont et restent des crimes.»

Victor Hugo, qui  inaugurant le Congrès de la paix de Paris en «humble et obscur ouvrier», déclare faire  partie de ces «doux rêveurs» qui ouvrent brusquement la porte rayonnante d’un avenir délivré des fléaux des guerres. Ces idées choquent puisqu’elles font paraître «l’impossible et l’idéal» c’est toujours lors du Congrès de la paix de Paris qu’apparaît la résolution de «déraciner les préjugés politiques et les haines héréditaires» par une meilleure éducation de la jeunesse.

Giuseppe Garibaldi, valeureux combattant et pacifiste convaincu, né par les hasards  de la géopolitique  né Français, héros  de l'unification de l’Italie, Garibaldi quant à lui, apporte une contribution à la fraternité entre les peuples. Lors du Congrès de Genève de la Ligue de la paix et de la liberté, en 1867, s’interrogeant sur les questions précises de nationalité auxquelles s'était limité son patriotisme, limitées à l'Italie, et aux disputes de province à province, Garibaldi donc citant Émile Barrault sur la grande question de l'humanité affirmait :
«l'homme qui défend sa patrie ou qui attaque la patrie d'autrui, n'est qu'un soldat pitoyable dans la première hypothèse, injuste dans la seconde ; mais l'homme qui, en se faisant cosmopolite, adopte l'humanité pour patrie, et offre son épée et son sang à tout peuple qui combat contre la tyrannie, est plus qu'un soldat : c'est un héros»

La célèbre  citation  d’Albert Einstein : «C’est de la folie de penser qu’en faisant tout le temps la même chose vous pouvez obtenir des résultats différents.»
Doit nous  exhorter :

À  relire les pages  d’histoires avant  de  les  tourner ;
À nous souvenir des Héros qui ont combattu la tyrannie ;
À
ne pas oublier les causes qui entraînent la guerre  et les conséquences qu’elle engendre à son tour.
Le nationalisme exacerbé,
les préjugés politiques et les haines héréditaires.
À les combattre par une meilleure éducation de la jeunesse
.
Il est de notre devoir de nous souvenir quelles valeurs nous ont été transmises par ceux qui nous ont précédés.
Alors, en ce jour de la commémoration de la victoire des valeurs de la Démocratie et des droits humains sur la xénophobie et le racisme, n’oublions pas les leçons de l’histoire !
Rappelons-nous aussi que c'est en se fondant sur la solidarité entre tous que notre pays a pu se relever, se reconstruire, se projeter dans l’avenir. Rappelons qu’à partir du programme du Conseil national de la Résistance, un ordre social plus juste s’est imposé à la libération et nous a permis de mieux vivre ensemble dans le respect de chacun.

Mesdames et Messieurs,
Ce temps de recueillement est l’occasion, pour chacun d’entre nous de rappeler notre attachement aux droits de l’homme, à l’universalité des valeurs de la République, liberté, égalité, fraternité, ainsi que notre reconnaissance à ceux qui ont combattu la tyrannie pour que nous vivions libres aujourd’hui.

Vive la paix, vive l’Europe, vive  la  république  et vive la France.

 

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